Le trafic en transit à destination du Niger via le port de Douala a dépassé 50 000 tonnes en 2025, selon les chiffres communiqués par Jean Daniel Tientcheu, chef de division du contrôle de la facturation et du marketing au Port autonome de Douala.
Ce seuil, présenté comme inédit par l’autorité portuaire, traduit la volonté du PAD de renforcer sa présence sur le marché nigérien.
Ce volume reste encore modeste au regard du trafic total en transit du port de Douala, estimé à 1 967 214 tonnes en 2025. Mais il marque une progression sur un segment stratégique : celui des flux à destination des pays sahéliens sans accès à la mer, pour lesquels les ports du golfe de Guinée sont en concurrence.
Une stratégie commerciale ciblée vers les chargeurs nigériens
Début avril 2026, une délégation du Port autonome de Douala s’est rendue à Niamey pour présenter l’offre logistique camerounaise aux chargeurs nigériens. L’objectif était de consolider la place du corridor camerounais dans les circuits d’approvisionnement du Niger, à un moment où ce pays cherche à diversifier ses accès maritimes.
Une partie des importations nigériennes transite par Douala avant d’être acheminée par route ou par rail jusqu’à Ngaoundéré, plateforme de rupture de charge dans l’Adamaoua. Les marchandises poursuivent ensuite leur trajet par route vers Touboro, puis Moundou au Tchad, avant d’atteindre le Niger. Le port de Douala peut également servir de point de sortie pour certains produits nigériens destinés au marché international.
Pour le PAD, l’enjeu est de se positionner face aux autres ports ouest-africains qui cherchent eux aussi à attirer les flux de transit sahéliens. L’autorité portuaire met en avant plusieurs leviers : fluidité des opérations, réduction des coûts de passage, sécurisation du corridor et simplification des formalités administratives.
Ristournes, BESC gratuit et frais de balise réduits
Pour fidéliser les opérateurs nigériens, le Port autonome de Douala a mis en place plusieurs facilités commerciales. En 2025, une enveloppe de plus de 20 millions de FCFA a été redistribuée au titre des ristournes accordées aux chargeurs nigériens.
Depuis 2026, le Bordereau électronique de suivi des cargaisons est gratuit pour les marchandises nigériennes. Les frais de suivi par balise ont également été réduits, passant de 32 000 FCFA à 25 000 FCFA par voyage. À cela s’ajoute une période de stockage gratuit plus longue sur les terminaux, destinée à permettre aux opérateurs d’organiser le transport terrestre sans pression financière immédiate.
Ces mesures visent à rendre le corridor Douala–Niamey plus compétitif. Elles s’inscrivent dans une dynamique plus large de croissance du trafic en transit au port de Douala. Au premier trimestre 2026, le trafic en transit y a atteint 501 367 tonnes, contre 456 805 tonnes à la même période en 2025, selon des données rapportées par L’Économie.
La progression du trafic nigérien ne suffit toutefois pas, à elle seule, à faire de Douala un corridor dominant vers le Niger. Elle signale plutôt un repositionnement commercial du port camerounais sur un marché sahélien disputé, où la compétitivité dépendra autant des tarifs portuaires que de la fiabilité du transport terrestre, des délais de passage et de la sécurité du corridor.
Frédéric Nonos