La circulation fiduciaire a poursuivi sa progression dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) en 2025. D’après les données de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC),
la valeur des billets et pièces en circulation dans les six pays de la zone s’est établie à 5 755 milliards de FCFA au 31 décembre 2025, contre 5 363 milliards de FCFA un an plus tôt, soit une hausse d’environ 7,3 %.
En valeur absolue, près de 392 milliards de FCFA supplémentaires ont ainsi circulé dans les économies de la sous-région sur la période. La circulation fiduciaire correspond à la valeur faciale des signes monétaires effectivement en circulation, c’est-à-dire la différence entre le montant total des billets et pièces émis et les encaisses conservées dans les coffres de la Banque centrale.
Dans le détail, la répartition par pays met en évidence une forte concentration au Cameroun. Avec 2 554 milliards de FCFA, le pays capte à lui seul environ 44 % du total régional. Cette position reflète son statut de première économie de la CEMAC, mais aussi le poids des transactions en espèces dans le commerce, les services et les circuits informels. Le Tchad arrive en deuxième position, avec 1 174 milliards de FCFA, devant le Congo (645 milliards), le Gabon (614 milliards), la Guinée équatoriale (424 milliards) et la République centrafricaine (343 milliards).
La progression du numéraire peut traduire une intensification des transactions économiques et une hausse de la consommation. Mais elle souligne aussi la persistance d’une forte dépendance au cash dans la zone CEMAC, où l’usage des instruments électroniques reste encore inégal selon les pays, les secteurs et les catégories de population.
Cette évolution pose donc une double question aux autorités monétaires : comment accompagner la digitalisation des paiements sans ignorer le rôle central des espèces dans les économies réelles ? Et comment améliorer la traçabilité des transactions dans un espace où une part importante de l’activité demeure informelle ? La hausse de la circulation fiduciaire illustre ainsi un paradoxe régional : le numérique progresse, mais le cash reste l’un des principaux supports de l’activité quotidienne.
Amina Malloum